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EuradioNantes - L'édito du jour #15 - Les statistiques de l’asile et de l’immigration : analyse v. communication

Par Yves Pascouau

Publié le 15/02/2018

Si les statistiques relatives à l’asile et à l’immigration sont des instruments d’analyse et de compréhension du phénomène migratoire, elles sont parfois utilisées à des fins de communication politique. Enoncés de manière brute, sans comparaison ni relativité, ces chiffres ne livrent alors qu’une partie de la réalité.

Edito du jour #15 - Les statistiques de l’asile et de l’immigration : analyse v. communication

Bonjour Yves Pascouau, vous nous livrez un édito saisonnier ce matin ?

Oui Simon, enfin, je voudrais parler d’un phénomène saisonnier qui va arriver rapidement.

Les statistiques de l’asile et de l’immigration : analyse v. communication

Et qu’est-ce donc alors ?

Et bien c’est celui des chiffres Simon. Plus précisément celui des statistiques sur l’asile et l’immigration. Cela a déjà commencé au niveau national mais dans quelques semaines nous allons recevoir les statistiques publiés par les agences Européennes telle que Eurostat ou encore Frontex.

Nous allons donc savoir combien de demandes d’asile ont été déposées dans les Etats membres en 2017, combien de personnes ont reçu un statut de réfugié, combien de personnes ont tenté de franchir irrégulièrement les frontières extérieures de l’espace Schengen, combien de titre de séjour ont été délivrés et pour quel motifs etc, etc, etc..

Que de chiffres, que de chiffres !

Une flopée ! Vous avez d’ailleurs noté, cher Simon, que tout aujourd’hui ou presque est quantifié, soumis à l’évaluation des nombres, des virgules et des pourcentages, d’une certaine manière « statistifié ».

Il faut reconnaître que ces évaluations sont très utiles. Elles permettent de rendre compte d’un phénomène, de le rendre plus concret et donc plus compréhensible. Elles mettent aussi en lumière des tendances. Au fond, ces évaluations sont un instrument important de compréhension et permettent aussi d’adapter les politiques publiques.

Tout va bien alors…

Oui, enfin si on veut. Là où je suis un peu plus sceptique c’est dans l’utilisation médiatique que l’on fait généralement de ces chiffres. Ils sont souvent communiqués et commentés dans une version nationale et étriquée et ne sont jamais, ou trop rarement, comparés et relativisés.

C’est-à-dire concrètement ?

On peut prendre l’exemple de la relocalisation des demandeurs d’asile c’est-à-dire le mécanisme par lequel les Etats européens se sont engagés à accueillir des demandeurs d’asile arrivés en Grèce et en Italie.

Le 12 février 2018, les statistiques montrent que les 5 Etats qui ont le plus relocalisé de demandeurs d’asile sont l’Allemagne, la France, la Suède, les Pays-Bas et la Finlande.

On pourrait pousser un grand Cocorico pour la France qui est 2ème au classement ! Mais…

Mais…

Ce classement fondé sur des chiffres bruts ne dit pas grand-chose sur la part réelle de l’engagement de la France en matière de relocalisation. Si la France a accueilli 4944 demandeurs d’asile, cela ne représente en réalité que 25 % des 19 714 demandeurs d’asile qu’elle s’était engagée à relocaliser.

Si on prend le classement des bons élèves, c’est-à-dire ceux qui ont rempli leurs obligations, et bien France n’occupe plus la 2ème mais la 15ème place loin derrière l’Irlande, Malte, le Luxembourg ou encore la Finlande qui ont rempli toutes leurs obligations.

C’est en effet largement différent

Cette approche entre chiffres bruts et relatifs est applicable à toutes les situations. Et vous verrez Simon que dans quelques semaines on va parler du nombre de demandes d’asile déposées en France en 2017 sans regarder si cela correspond à une part importante par rapport à la population. Et sans se demander si la France accueille en réalité plus que ses voisins ou pas.

La tendance actuelle de tout expliquer avec et par les chiffres est certes utile mais elle présente des limites. Ces chiffres et statistiques doivent être interprétés dans leur globalité et leur relativité. Mais, cet exercice est peu compatible avec l’accélération du temps médiatique qui oblige souvent de rester en surface… et le risque existe alors de ne plus rien expliquer vraiment.

Merci beaucoup Yves Pascouau on compte sur vous pour venir ici nous expliquer les futures statistiques Eurostat !

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